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Cannabis thérapeutique: la France se lance enfin!

C’est une nouvelle qui a fait des heureux: en octobre dernier l’expérimentation sur le cannabis thérapeutique a enfin été autorisée en France. Une large étude devrait être lancée en septembre de cette année, permettant (peut être?) à la France de rattraper son retard européen! Les potentialités du cannabis thérapeutiques sont multiples: douleurs chroniques, maladies neurologiques, séquelles d’AVC, soins palliatifs, lutte contre l’épilepsie… la liste est longue et les retours patients prometteurs. Comment cette étude va-t-elle se dérouler? Qui y participera et quels sont ses enjeux? Explications.

Mieux vaut tard que jamais

Plusieurs de nos voisins européens (17 en tout!) ont déjà mis en place une législation favorable à l’utilisation de la plante de cannabis dans un cadre médicalisé, contrôlé par le jeu des prescriptions et des ordonnances. En France, le sujet fait débat depuis de nombreuses années, au détriment des malades qui sont obligés de contourner les lois et de pratiquer l’automédication.

Fin 2018, une première étape est franchie: un comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) est mandaté par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) pour étudier les potentiels du cannabis thérapeutique en France. Sur leurs conseils, l’ANSM rend un avis favorable à une expérimentation à grande échelle. Nous sommes en juillet 2019. Quelques mois plus tard, l’assemblée nationale intègre l’étude dans le budget de la sécurité sociale 2020: sa mise en place devient concrète.

Dans un communiqué de presse, Olivier Véran, député LREM qui a réussi à faire aboutir le projet, se félicite:

« Le cannabis thérapeutique en tant que député, j’y suis favorable, en tant que médecin neurologue, j’en suis convaincu ! »

L’étude suivra les recommandations de l’ANSM, qui tiennent à garder un contrôle strict sur la composition des produits administrés, leur mode d’administration, la formation des professionnels de la santé engagés dans le test et les conditions de suivi des patients.

Cannabis thérapeutique vs CBD

Mais de quels produits parle-t-on exactement ? Le cannabis thérapeutique n’est pas à confondre avec le cannabis CBD. Il a en effet un sens plus large. Le cannabis thérapeutique s’oppose simplement au cannabis récréatif. Il s’agit de toute forme de cannabis utilisée à des fins médicales.

En ce sens, le cannabis thérapeutique peut contenir différents dosages de CBD mais aussi de THC, les deux cannabinoïdes les plus actifs de la plante de cannabis. Le THC possède des propriétés psychotropes et sa consommation entraine de nombreux effets négatifs: paranoïa, nausées, addiction si on le consomme régulièrement. Néanmoins, plusieurs études ont souligné la valeur du THC pour lutter contre certaines pathologies et surtout la synergie d’action du THC et du CBD.

Lors de l’expérimentation nationale, il s’agira alors de bien contrôler les dosages. On associera THC et CBD de différentes manières, mais on n’utilisera pas les molécules isolées l’une de l’autre.

Qui participera à l’étude?

Le dispositif inclura 3000 personnes venant de tout le territoire. Il s’agira de patient atteints de pathologies sévères et pour lesquels les traitements traditionnels ne sont pas efficaces. Il s’agit donc pour ces patients d’une sorte de dernier recours. Le cannabis thérapeutique viendrait alors complémenter mais non remplacer leur médication.

Certains critères rendent inéligibles à l’étude, ainsi les femmes enceintes en seront par exemple exclues. C’est le cas aussi des personnes ayant des antécédents psychiatriques.

L’ANSM a défini une liste stricte des pathologies concernées:

  • douleurs neuropathiques;
  • certains types d’épilepsie;
  • effets secondaires des traitements contre le cancer (comme les nausées par exemple);
  • spasticité douleureuse dûe à une maladie neurologique comme la sclérose en plaque.

Comment l’étude se déroulera-t-elle?

Encore sur recommandations de l’ANSM, seuls quelques types de produits seront testés: les fleurs séchées, les huiles et les tisanes.

L’étude s’étalera sur 2 ans et 4 phases de 6 mois chacune:

  • première phase: mise en place du dispositif;
  • phase 2: inclusion des patients au sein d’un réseau de médecins spécialisés volontaires;
  • phase 3: suivi des patients;
  • dernière phase: étude statistique et rédaction d’un rapport final;

Les médecins qui participent à l’étude devront suivre une formation en e-learning afin d’homogénéiser les compétences de chacun.

Le cannabis thérapeutique sera délivré par ordonnance sécurisée, comme cela se fait déjà pour certains stupéfiants comme la morphine. Ils devront d’abord être retirés dans les pharmacies d’hôpitaux agréés, puis pourront être renouvelés dans les pharmacies de ville.

Le suivi des patients et l’étude statistique se fera via un registre électronique renseigné par les médecins, les pharmaciens et les patients. Il aidera à la rédaction d’un rapport par un comité scientifique.

Et après?

Si le rapport final est favorable à la légalisation du cannabis thérapeutique en France, plusieurs questions vont se poser.

Tout d’abord, la question du remboursement pour les patients. Durant l’étude les produits seront administrés gratuitement, mais pour la suite aucune certitude sur le remboursement par la sécurité sociale.

La question de l’approvisionnement en cannabis est aussi au coeur des débats. En France seule la production de chanvre dit industriel est autorisée. Il s’agit de chanvre contenant des taux inférieurs à 0,2% en THC. S’il peut être utilisé pour la fabrication de cannabis CBD, le cannabis thérapeutique lui peut contenir des taux de THC plus élevés. Ainsi, la France devra soit se fournir à l’étranger, soit élargir sa législation actuelle sur la culture du chanvre.

Conclusion

L’étude est prévue pour 2020, mais aux vues des évènement actuels elle pourrait très bien être repoussée. Espérons toutefois qu’elle ne tarde pas trop: la France doit rattraper son retard européen, pour le bien des patients avant tout. On estime que plus d’1 million de personnes pourraient être concernées par son utilisation sur le territoire français. Une issue favorable permettrait aussi sans doute de faire évoluer les mentalités sur une plante trop souvent diabolisée en France.